6thématique n°7 : Everyone in my family has killed someone - Benjamin Stevenson
- Number 6
- 9 févr.
- 5 min de lecture
Dernière mise à jour : 12 févr.
Bien le bonjour,
Nous vous attendions, prenez place. Le fauteuil près de la cheminée est disponible et il m'a l'air plus que confortable. Pardon ? Vous ne souhaitez pas vous asseoir à l'endroit exact où a été assassiné votre confrère ? Je comprends, mais permettez-moi de vous rassurer, ces tâches carmin sont tout sauf du sang.
Puis-je vous offrir un verre ? Comment ? Vous ne buvez pas, dites-vous ? Intéressant...
Oui, vous êtes le dernier, nous sommes tous présents. Je vais donc pouvoir commencer.
Mesdames et messieurs, je vous remercie d'avoir accepté mon invitation, même s'il est vrai que ce huis-clos forcé ne vous permettait pas de la refuser. Je ne vais pas tourner autour du pot plus longtemps : je suis au regret de vous annoncer que le meurtrier se trouve bien parmi nous, et je vais vous vous en apporter la preuve. Mon explication se scindera en six points, "La preuve par SIX" comme je me plais à l'appeler, haha.
Trêve de blablas, passons aux choses sérieuses...


Everyone in my family has killed someone
par Benjamin Stevenon
Broché chez Penguin Books
Illustré par
Langue : ENG
Nb. de pages : 371
Paru en français chez 10/18, sous le titre "Tous les membres de ma famille ont déjà tué quelqu'un"
"Have I killed someone? Yes. I have. Who was it? Let’s get started."
Vous aimez Agatha Christie et À couteaux tirés? Vous allez adorer le whodunnit australien dont tout le monde parle !
Je redoutais cette réunion de famille des Cunningham avant même le premier meurtre. À peine la tempête s’est-elle abattue sur notre hôtel perdu au milieu des montagnes que déjà la neige – et les cadavres – s’amoncelait. Il faut dire que nous, les Cunningham, on a du mal à se supporter les uns les autres. Je crois que nous n’avons qu’une seule chose en commun : chacun de nous a déjà tué quelqu’un.
(Résumé éditeur de la version française)

La première chose qui m'a plu en attaquant ce polar en huis-clos, c'est le ton : nous sommes dans un contexte purement contemporain et l'auteur en joue, tant sur la manière dont est rédigée son histoire que sur l'impact direct que peut avoir notre époque sur ce genre de romans (entendre par là l'accès facile à l'information et la technologie, par exemple), le tout retranscrit d'une plume elle aussi très contemporaine, avec ce que cela implique en termes de traits d'esprit, d'humour, de sarcasme et autres joyeusetés, savamment dosés pour épicer le récit sans que cela ne devienne lourdingue ou systématique (6thématique krr krr krr).

En plus de cela, il s'agit d'un roman dans lequel le narrateur s'adresse au lecteur et, il nous l'annonce d'emblée : il est un narrateur de confiance, il est fiable, et il s'engage à ne jamais dévier du Décalogue de Knox (à quelques détails hors de notre temps près, telle que la cinquième règle, je vous laisse aller jeter un œil) — sorte de "10 Commandements" de codification des intrigues des nouvelles et romans policiers, rédigé par el famoso Ronald Knox en 1929 — parce que sinon, c'est trop facile, et ce serait injuste par rapport aux lecteur.ice.s que de les flouser par l'ajout inopiné d'une facilité scénaristique mal amenée qui sortirait de nulle part (on parle bien de toi, satané deus ex machina, mais aussi de toi, vilain coupable qui n'apparaît que dans les trois derniers chapitres et qui fait complètement tomber à plat l'exaltation de l'intrigue).

Au-delà du respect du Décalogue, on sent aussi un peu partout dans le roman, de manière parfois évidente et parfois un peu moins, divers hommages ou clins d'œil aux grands noms du polar qui l'ont précédé, parfois de manière respectueuse, parfois factuelle et parfois sur un ton légèrement taquin : c'est à la fois un hommage et un pastiche, une dédicace et un jeu, qui vient une fois de plus ici marquer le gap entre l'époque de prédilection de ce type de roman et notre monde actuel, un peu à l'image de ce qu'à pu faire le film "A couteaux tirés" (Knives Out for ze ingliches spiquerz) ces dernières années.

J'ai aussi beaucoup apprécié le rythme et le découpage du roman : les fins de chapitres plaisantes qui donnent clairement envie d'en lire plus, les chapitres eux-mêmes qui sont regroupés par personnage formant en quelque sorte des "arcs", le chapitre 9 qui est tout bonnement parfait, on en ressent une certaine efficacité rythmique, à laquelle on peut ajouter l'alternance entre les passages de narration classique et ceux où l'auteur s'adresse à nous, qui nous permettent de suivre l'histoire comme si on la vivait de l'intérieur avec les personnages, mais aussi comme si le narrateur nous la contait autour d'un verre en y adjoignant des remarques et détails supplémentaires, tels deux potes assis à la même table qui rattrapent le temps perdu.

Je dois tout de même ajouter une petite ombre au tableau positif dressé jusqu'à présent : je trouve que le puzzle n'est pas si facile que ça à rassembler, et ce même si l'auteur utilise souvent des moyens diégétiques comme extradiégétiques pour faire certains récapitulatifs ou pour mettre en évidence des liens que nous aurions dû tisser nous-même à ce niveau du récit, liens qui risquent souvent d'être cruciaux pour la compréhension de la suite de l'histoire ; je tiens toutefois à préciser que je lis de tout, et que même si j'adore les whodunnit, ce n'est malgré tout pas mon style de prédilection et mon esprit n'est clairement pas aussi entraîné que peut l'être celui des aficionados du genre (et j'ajouterais aussi que, lu peu de temps après "Strange Pictures", le niveau de complexité d'intrigue est loin d'être équivalent).

Ce polar en huis-clos est une histoire de petit malin racontée avec malice par un petit malin malicieux, qui m'a fait sourire, rire, cogiter, dire des phrases telles que "Hein ?", "Ah ouais ?", "Oh merde.", "Oh pas mal ça !", "Haha, bien joué.", bref qui m'a fait réagir et qui a su me la faire vivre, au point d'avoir réussi à me faire oublier certains éléments cruciaux pour mieux me les remettre dans la poire plusieurs chapitres plus tard, et au point de me faire douter de chaque élément présenté... et ce jusqu'au titre : le narrateur faisant partie de la famille en question, qu'en est-il de lui et peut-on réellement lui faire confiance, comme il l'affirme dès le départ... ?
Commissaire, je vous prie de bien vouloir passer les menottes à cette personne, et je vous conseille vivement de comparer ses empreintes à celles que vous trouverez sur cette agrafeuse. Que dites-vous ? Quel lien cela peut-il avoir avec le meurtre ? Je comprends votre scepticisme, mais laissez-moi vous faire part de mes découvertes. A la fin de mon récit, de ma "preuve par SIX", vous aurait tout ce dont vous aurez besoin pour clôturer cette enquête, parole de Séverin-Ignace Xavier. Mais vous pouvez bien entendu m'appeler SIX.
Be seeing you.
Number 6
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