6thématique n°10 : Les hurlements noyés - Malone Silence
- Number 6
- 1 mars
- 5 min de lecture
Dernière mise à jour : 4 mars
Salut tout le monde,
Le 10ème "6thématique" est là.
Le "10thématique", du coup ? Nope.
C'est parti !


Les Hurlements Noyés
(Stanley n'est pas mort - 1)
par Malone Silence
Autoédition
Illustré par Meike Hakkaart (Maquenda)
Titrage par Ottilia Thouvenin (The Red Lady)
Langue : FR
Nb. de pages : 386
"Stanley était un gosse, une toile blanche suppliant qu'on en fasse quelque chose, qu'on donne un sens à son existence, à son être, qu'on lui offre enfin une signification."
Le monde rend malade. A vingt-huit ans, Stanley Ellington se débat dans un océan de traumatismes. Il sort le nez de l’hôpital psychiatrique sans savoir s’il est prêt à affronter la vie, telle qu’elle l’attend. Au fond de son cerveau se tapissent toujours ses pires ennemies : sa dépression, et ses capacités médiumniques. Ce don qui n’en est pas un, cette malédiction qui suscite fascination, terreur ou envie.
Pour Allison Griggs, cette envie a depuis longtemps tourné à la convoitise. Elle aussi attend Stanley, affûtant ses couteaux dans le secret d’une forêt qui change sans cesse de visage. Et les enjeux du vol des dons de Stanley dépassent largement ces deux âmes, les dernières dont le monde souhaite la rencontre.
C’est l’histoire de gorges qui ont trop crié, de cœurs broyés, de hurlements assourdis et de solitudes qui se fracassent les unes contre les autres. Parfois, de l’espoir qui subsiste, naît une relation bancale embellie par la sincérité. Parfois, il semble que l’empathie et l’humanité aient une chance de l’emporter. Mais au-dehors, l’Apocalypse menace d’éclater, et les chiens ne cessent de hurler.
(Résumé de quatrième de couverture)

La première fois que j'ai commencé à lire ce bouquin, je l'ai arrêté au bout d'une cinquantaine de pages : Malone a, à travers son style d'écriture si particulier, la capacité incroyable à faire ressentir l'anxiété, l'urgence et la panique de ses personnages (et leurs sentiments de manière plus générale) comme jamais je ne l'ai lu auparavant, et mon mental n'était à cette époque pas près à recevoir tout ça dans la tronche de manière si brutale, si écorchée, si puissante, mon cerveau refusait d'empiler une nouvelle couche de trauma si réaliste qu'elle ressemblait aux miens à ce moment-là (à bien moindre échelle, je vous rassure) ; j'avais continué à soutenir à ma micro-mesure l’œuvre de Malone parce que je savais que le problème ne venait pas du livre, mais bien de moi et BIGRE, que j'ai bien fait de tenter de m'y plonger à nouveau.

Alors sachez-le, au-delà d'avoir besoin d'un mental pas trop cabossé pour entamer cette lecture, des efforts vont vous être demandés pour l'apprécier : conséquence directe de ce que je viens d'évoquer dans le point précédent, le texte est parfois très dense à lire, ne se laisse pas apprivoiser facilement, certaines phrases sont très longues et contiennent de nombreuses répétitions ainsi que peu de ponctuation — ce qui permet de mettre en évidence et de faire ressentir aux lecteur.ice.s l'état d'esprit dans lequel se trouvent les personnages (logorrhées paniquées, violente souffrance psychique évidente, phrases qui s'enchaînent et qui finissent par être écrites entièrement en majuscules, etc), et certains dialogues ou échanges auraient peut-être mérité plus de clarté afin de démêler qui dit ou pense quoi (même si une fois encore, c'est à mon sens fait exprès), mais, au même titre qu'à travers le sens et le choix des mots utilisés, c'est aussi et surtout par leur agencement sur la page que Malone fait passer ces (ses ?) émotions, aussi fortes, puissantes et à vifs qu'inarrêtables.

Énormément de thèmes complexes et difficiles sont abordés dans ce récit : identité et transidentité, dépression, appartenance à la société, racisme, violence physique, schizophrénie, auto-mutilation, suicide et donc mort ; mais là où, à mon sens, ce livre est différent de ceux que j'ai lu jusqu'à présent et qui abordaient tout ou partie de ces sujets, au-delà de l'évidente violence avec laquelle les problèmes qu'ils soulèvent sont traités, c'est que Malone ne cherche pas à les expliquer d'un point de vue narrateur romancé, et nous les présente (nous les assène) sans aucun filtre du point de vue de celleux qui en souffrent, qui doivent vivre avec tous les jours, et qui se heurtent aux cruelles platitudes du monde à leur égard, au peu d'aide souvent inadaptée qu'iels peuvent recevoir et de comment faire avec jusqu'à ce que ce ne soit plus gérable.

Il est à noter aussi que, en support des points précédents, ce texte est aussi le plus grand exemple d'intégration d'écriture inclusive que j'ai eu l'occasion de lire jusqu'à présent, et bien que, je dois l'avouer, certaines phrases sont plutôt perturbantes à lire au premier abord lorsqu'elles contiennent un certain nombre de termes adaptés, mon cerveau s'est assez vite habitué à ces "nouveaux" mots et a alterné entre le choix de lire le texte tel quel, quitte à parfois légèrement trébucher dessus, ou celui de remplacer lesdits mots par ceux qui me convenaient, en fonction de MOI, de ma propre identité (c'est trop fou un cerveau quand même, hein ?) ; de plus, la police de caractère sélectionnée par Malone pour rédiger le corps du texte n'est pas traditionnelle : elle se nomme "Accessible DfA", a été conçue pour faciliter la lecture aux personnes dyslexiques, et bien que ne pouvant pas attester moi-même de son efficacité, c'est une nouvelle brique ajoutée à ce qui fait la personnalité de ce roman.

Mais, il ne faut pas oublier que, comme vous avez pu le lire dans le résumé du livre en préambule à cette chronique, une grosse part de fantastique se trouve dans ce roman, notamment avec le fameux don de Stanley, Allison et sa forêt en perpétuel changement, ou ce qui sera nommé plus tard la "Famille" (je n'en dirais pas plus), et, là encore, l'originalité avec laquelle est écrit le récit vient très souvent semer le doute, brouiller les pistes entre ce qui est concret et ce qui est fantastique, entre les choses qui se sont réellement déroulées et celles qui ne sont que le produit d'un esprit trop souvent à la limite de la rupture ; cette ambiguïté est si forte qu'elle peut sembler quasi palpable, elle est perturbante, déroutante, et on se retrouve à douter parfois autant que les personnages (des fois plus qu'eux, peut-être), nouvelle preuve s'il en est du caractère sauvage, insaisissable et revêche de ce roman.

Nous faisons donc face ici à une lecture exigeante mais qui, si on parvient à s'y plonger malgré l'inconfort qui peut sembler s'en dégager, est grisante une fois le livre reposé : c'est un récit récalcitrant, sombre et à fleur de peau qui, à l'instar d'un toutou qui aurait été maltraité et abandonné par son humain, a énormément de mal à se laisser approcher par vous, sa nouvelle famille, et à tenter de retrouver un semblant de confiance et de vie normale malgré toutes les cicatrices physiques et mentales que son passé a pu lui laisser ; mais, telles les étoiles dans une nuit noire, il ressort parfois de ce récit plus que sombre quelques lueurs d'espoir, fugaces mais vives, qui permettent aux personnages comme aux lecteur.ices de retrouver leur chemin et de continuer à avancer, peu importe la route empruntée et ce qu'elle réserve.
A titre informatif, ce tome est le premier d'une trilogie dont le second tome est déjà sorti ("Les pleurs du vide"), et dont la campagne de financement participatif pour le troisième tome, "Les nuits du dehors", débute le 4 avril 2025.
Et si vous souhaitez lire un autre avis que le mien, je vous conseille d'aller jeter un œil à la chronique de L'Imaginaerum de Symphonie.
En tout cas, merci d'avoir lu jusqu'ici !
Be seeing you.
Number 6
Oulah c'est pas pour moi ça, mais merci pour la découverte ! Je suis Malone sur les RS et ça permet de mieux cerner son œuvre
Belle chronique ! Et ton premier point est la raison pour laquelle je ne me suis toujours pas lancée dans le tome 2, mais avec un peu de chance, mes prochaines vacances vont me le permettre^^ (et merci pour le tag !)