6thématique n°4 : Les Seigneurs de Bohen - Estelle Faye
- Number 6
- 25 janv.
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 4 févr.
Salut tout le monde !
Vous voilà en présence du quatrième volume de "6thématique", dans lequel nous allons plonger dans le territoire de la (dark ?) fantasy francophone de la plus belle des manières, avec le premier tome d'un diptyque en Bohen, signé Estelle Faye.



Les Seigneurs de Bohen
par Estelle Faye
Poche chez Gallimard - FolioSF
Broché chez Critic
Illustré par Pierre Droal
Couverture tirée de la version poche
Langue : FR
Nb. de pages : 727
"Ah, Bohen... songea Sainte-Etoile par-devers lui. L'unique coin au monde où, des générations plus tard, on s'enorgueillit de descendre d'un traître."
Je vais vous raconter comment l'Empire est mort.
L'Empire de Bohen, le plus puissant jamais connu, qui tirait sa richesse du lirium, ce métal aux reflets d'étoile, que les nomades de ma steppe appellent le sang blanc du monde. Un Empire fort de dix siècles d'existence, qui dans son aveuglement se croyait éternel. J'évoquerai pour vous les héros qui provoquèrent sa chute.
Vous ne trouverez parmi eux ni grands seigneurs, ni sages conseillers, ni splendides princesses, ni nobles chevaliers...
Non, je vais vous narrer les hauts faits de Sainte-Étoile, l'escrimeur errant au passé trouble, persuadé de porter un monstre dans son crâne. De Maëve la morguenne, la sorcière des ports des Havres, qui voulait libérer les océans. De Wens, le clerc de notaire, condamné à l'enfer des mines et qui dans les ténèbres découvrit une nouvelle voie... Et de tant d'autres encore, de ceux dont le monde n'attendait rien, mais qui malgré cela y laissèrent leur empreinte. Et le vent emportera mes mots sur la steppe. Le vent, au-delà, les murmurera dans Bohen. Avec un peu de chance, le monde se souviendra.
(Résumé éditeur)

Bon, je vais vous le dire d'emblée, cette chronique va être sacrément positive, alors je vais commencer par me débarrasser de l'unique point qui m'a "gêné", et notez bien ici l'emploi des guillemets : je suis quelqu'un de majoritairement hermétique aux descriptions, surtout lorsqu'elles ne sont pas vitales pour le récit (pas taper svp), quelqu'un qui préfère imaginer visuellement ce qu'il lit sans avoir à composer la scène, le personnage ou l'objet avec des contraintes imposées, et ce roman en comporte un certain nombre, toutes très bien écrites au demeurant, mais qui ralentissent à mon sens un poil trop la progression de l'histoire.

Voilà, maintenant que ce mini-râlage est derrière nous, parlons d'un des points centraux de ce récit, à savoir ses personnages : les épreuves et situations qu'ils vont traverser vont les changer, les modeler, leur faire remettre en question certaines croyances qu'ils considèrent pourtant comme immuables, les rendre heureux, les violenter physiquement comme psychologiquement, les faire tomber amoureux, et tout cela de manière organique, tout en nous rappelant à nous, lecteur.ice.s, que l'humain s'adapte à tout, bonheur comme malheur, et qu'il peut savoir aussi bien s'en contenter que passer son temps à voir si l'herbe n'est pas plus verte ailleurs — bref, l'Humain avec un grand H.

D'ailleurs, c'est à mon sens un roman très peu emprunt de manichéisme, dans lequel presque aucune situation ne peut se résoudre par un "bon choix" évident, aucune décision n'est ni facile ni évidente à prendre sans qu'elle n'apporte son lot de contreparties, et pour lequel chaque personnage, principal comme secondaire, est à la fois bon et mauvais en fonction du contexte, du point de vue, du vécu et de la situation à l'instant T, et on se surprend, au fur et à mesure que le récit avance à modifier légèrement voire fortement son opinion sur tout et tout le monde, au même titre que les personnages qui sont confrontés à leurs propres remises en question : le récit nous modèle nous en même temps qu'il les modèle eux.

Ce monde est quant à lui fascinant, regorgeant de tout un tas de mythes et légendes bien ancrés, certains propres à Bohen dans son entièreté là où d'autres relèvent plus de légendes selon les régions, venant intégrer au passé comme au présent de cet univers tout un panel de races et de créatures dont certains représentants vont croiser la route de nos protagonistes, nous rappelant ainsi que c'est bien ici un univers de fantasy, au-delà des aventures Humaines qui s'y déroulent ; j'ajouterais un petit aparté sur les lieux qui, au-delà de leur aspect classique, fonctionnent à merveille, avec une mention spéciale pour la ville portuaire d'Escarion et aussi et surtout Bo-Chaï, pour son changement d'ambiance drastique, son histoire et son concept (je n'en dis pas plus pour ne pas spoiler, mais j'espère clairement qu'on y passera un peu plus de temps dans le tome 2).

En bon roman choral qu'il est, les personnages vont évoluer dans leurs milieux respectifs, créeront parfois aussi de petits groupes temporaires, et vont être dirigés par des motivations qui leurs sont propres, entraînant des répercussions qui, vous vous en doutez, vont finir par ricocher sur les autres protagonistes, mais aussi et bien entendu, sur le monde lui-même : et voilà ce qui est à mes yeux une autre force de ce récit, Estelle Faye parvient à créer des histoires personnelles intéressantes, intrigantes et pleines de rebondissements, qui donnent envie d'en savoir toujours plus, que ce soit tant pour l'impact qu'elles vont avoir pour le(s) personnage(s) directement concerné(s), que pour les croisements qui peuvent (et vont souvent) s'opérer.

Bref, les Seigneurs de Bohen, c'est le premier acte de la chute d'un Empire, dont on suit divers personnages qui vont participer à ce déclin de près comme de loin, qui vont le subir, qui vont en profiter, qui vont y survivre, qui en mourront, qui y découvriront autant de vérités que de mensonges, et qui le long du chemin seront portés par l'amour, la perte, la découverte, les secrets, la douleur, le bonheur, le rejet comme l'acceptation de la différence... et l'un de ces personnages, c'est vous.
Une fois encore, je vous renvoie aussi vers les chroniques des copains :
Laird Bob Fumble (LE SYNDROME QUICKSON) : https://syndromequickson.com/2019/11/15/les-seigneurs-de-bohen-estelle-faye/
Elbakin : https://www.elbakin.net/fantasy/roman/les-seigneurs-de-bohen-5116
Merci d'avoir lu cette chronique jusqu'au bout ! Ce n'est pas celle qui a été la plus facile à rédiger tout en respectant le carcan que je me suis imposé pour ce format tant j'avais de choses à en dire. Mais j'espère malgré tout avoir rendu honneur au roman au travers de ces quelques lignes.
A très bientôt pour le billet de 5 (oui, le cinquième billet, ça va, on peut même plus rigoler ici...).
Be seeing you.
Number 6
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